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L’architecture népalaise est très riche et offre des monuments dont nombreux sont classés aujourd’hui au patrimoine mondial de l’UNESCO.Les Newars développeront une architecture originale à charpentes de bois et à murs de briques cuites, montés sans mortier. Les bâtiments sont très divers: petits portiques (pati) à colonnes de bois, pouvant servir de halte aux pèlerins, portiques pourvus d’un étage (sattal), portiques sur deux niveaux, bordés de salles (chapat), salles à piliers (mandapa), habitations, monastères bouddhiques, etc.
Les StupasLes stupas les plus vénérés de la vallée reprennent la forme de leurs homologues de l’Inde ancienne. La tradition fait même remonter les stupas situés aux quatre points cardinaux de la ville de Lalitpur, ainsi que celui de Chabahil, à un voyage hypothétique de l’empereur Asoka des Maurya (IIIème s. av. J.-C.). Ces structures seront modifiées plus tard afin de répondre à des partis iconographiques plus complexes. Ainsi le stupa de Swayambhunath recevra neuf niches consacrées aux Jinas des orients et à leurs parèdres. Les yeux du Buddha suprême, ” né de lui-même ” (adibuddha) du système Kalacakra (Aisvarika) seront peints sur la masse cubique de maçonnerie (harmik, chudamani) qui couronne l’édifice. Trois terrasses carrées, redentées à la manière des enceintes d’un mandala, entourent le stupa de Budhnath. Des statues de divinités, au nombre sacré de cent huit, seront abritées dans des niches.
Monastères bouddhiques (Gompas)Les monastères bouddhiques s’organisent, sur le modèle indien, autour d’une cour carrée. Le sanctuaire, situé dans l’axe de l’entrée, est surmonté d’une chapelle (agama-che) qui abrite les livres et les instruments liturgiques et qui est dédiée à une déesse, contrepartie féminine du dieu. Les monastères se répartissent en deux types : bahi et baha. Le sanctuaire des bahis est entouré d’un couloir de circumambulation. Le premier étage des ailes latérales est dépourvu de cloisons intérieures. Les bahas ne se rencontrent que dans l’enceinte des villes. Leur sanctuaire ne possède pas de couloir périphérique. Leurs ailes sont partagées par des cloisons. Il existe quelques bâtiments de type mixte. Bahi et baha abritent des communautés différentes. À la suite des profondes modifications qui affecteront les communautés bouddhiques à partir du XIIIème siècle, les habitations des familles de moines s’aligneront autour de larges cours, les nanis, près de certains bahas.
Temples hindousLe temple hindou à toitures étagées (dega), le plus souvent de plan carré, constitue le type le plus accompli de l’architecture newar. Chaque étage prend appui sur le sol par un jeu de tours emboîtées. L’origine de cette forme d’architecture est controversée. Certains la rattache aux constructions de bois de l’Inde du Nord des époques Kusana et Gupta et des traditions semblables se retrouveraient en plusieurs régions périphériques de l’empire (Karnataka, Bengale) et jusqu’au Kerala. Il convient cependant de noter la présence d’architectures originales en bois dans d’autres basses vallées de l’Himalaya (Cachemire, Himachal Pradesh). Quelle qu’en soit la provenance, l’emploi du terme ” pagode “, pour définir ces temples de type ” dega “, doit être résolument écarté. Il sous-entend en effet une origine extrême-orientale, des techniques de construction différentes et une affectation exclusivement bouddhique. Ce triple corollaire est contraire à tout ce que l’on sait des degas.
La fragilité des matériaux, les dégâts causés par les moussons, l’insuffisance des fondations dans un pays sujet à de fréquents séismes, parfois très dévastateurs comme en 1934, nécessitent des travaux d’entretien constants, supportés le plus souvent par des associations religieuses (guthi), ainsi que des reconstructions périodiques. Des inscriptions commémorent les réfections les plus importantes. Ces réfections, plus ou moins conformes au modèle antérieur, posent de délicats problèmes de chronologie. Aucune architecture ne semble antérieure à l’invasion du sultan Shams un-din Ilyas du Bengale vers 1349. Les temples supposés reproduire les modèles les plus archaïques ne possèdent que deux étages (Pasupatinath à Bhaktapur et Changu Narayana à Changu, tous deux de la fin du XIVème s.). L’étage le plus élevé correspond à la cella. La toiture inférieure repose sur les murs extérieurs qui délimitent un couloir de circumambulation. Si le plan carré semble de règle, il existe quelques structures de type dega de plan barlong. Ces sanctuaires sont consacrés à Bhaïrava, aspect farouche de Siva (Bagh Bhaïrava à Kirtipur, 1513, Kasi Visvanath à Bhaktapur, fin XVIIème s.). Certains temples dédiés à Krishna sont de plan octogonal (Casi dega à Kathmandu, 1649).
Quelques sanctuaires, n’appartenant pas au type dega, montrent la variété des partis utilisés au milieu du XVème siècle et l’ingéniosité de leurs constructeurs : le Dattatraya (Bhaktapur) dans sa forme primitive était un abri à trois étages pour les pèlerins (math). Le Kastha mandapa (Kathmandu), mandapa de très grande taille, n’a aucun mur porteur. Ses toitures ne reposent que sur des piliers de bois. D’autres édifices, appelés pith, de plan barlong, ne possèdent qu’un mur porteur, celui du fond. Des piliers supportent la toiture sur les autres côtés. Dédiés à des déesses sivaïtes, ils sont élevés dans des sites agrestes (Bala kumari près de Lalitpur, 1622; Vajravarahi près de Chapagaon, 1665).
S’il est actuellement hasardeux de tenter de tracer l’évolution de l’architecture newar, deux tendances semblent cependant s’accuser avec le temps : la multiplication du nombre des toitures et l’introduction de plus en plus fréquente de soubassements à gradins. Le Taleju Bhavani, attenant au palais de Kathmandu, présente, dès 1576, une structure à trois étages de toitures, juchée sur une pyramide à sept gradins et dominant la cité.
Pour certains bâtiments relativement documentés, on remarque que des étages supplémentaires étaient ajoutés lors d’une réfection (Kumbesvara à Lalitpur, vers 1700; Kasi Visvanath à Bhaktapur, 1718). À partir du XVIIème siècle, on rencontre des temples à deux ou trois étages dont la toiture inférieure repose sur des piliers et abrite ainsi une galerie périphérique (Visvanath à Lalitpur, 1626). Les gradins de pierre multipliés supportent la plupart du temps des sanctuaires sivaïtes. Ils représentent alors le mont Kaïlasa, demeure de Siva dans l’Himalaya (Maju dega à Kathmandu, 1692). Le Nyatapola de Bhaktapur (1702), dega à cinq toitures dressé sur une pyramide à cinq degrés, est l’aboutissement de cette double évolution. Lorsqu’un temple possède des toitures aussi complexes, les derniers étages sont fictifs et prennent appui par un jeu de poutres sur l’étage inférieur.
Au XVIIème siècle, des types architecturaux nouveaux, adaptés de modèles indiens, font leur apparition. Le Mahabuddha (1601), à Lalitpur, s’inspire du sanctuaire de Bodhgaya. Des temples hindous, souvent d’obédience vishnouite, construits en pierres, possèdent de hautes toitures curvilignes (sikhara). Ils peuvent être garnis de légers pavillons à colonnes, comme au Rajasthan et dans l’Inde moghole. Ainsi, le Krishna et Radha mandir (1637), à Lalitpur, est ceint d’une galerie périphérique. Certains temples à sikhara possèdent des soubassements à gradins multipliés (Vatasala devi, à Bhadgaon, fin XVIIème s.), d’autres sont de plan octogonal (tombeau de Krishna, place du palais de Lalitpur, 1723).
Des sanctuaires hindous, consacrés à un même dieu ou à un groupe de divinités, sont répartis dans la vallée à la manière d’un mandala. Les ensembles les plus connus sont dédiés à Vishnu, à Ganesh, et dans la ville de Bhaktapur et ses environs aux matrkas.
Dans les agglomérations, plus d’une trentaine de maths, aux façades richement décorées, servent de demeure à certains desservants hindous (mahanta). Leur plan s’apparente aux habitations laïques. Plusieurs, dont le Pujari math (1763), se dressent autour de Tachapal Tol (Bhaktapur).
Les capitales des rois Malla (Kathmandu, Lalitpur, Bhaktapur), autrefois fortifiées, partagées en îlots (tol) et en quartiers possédant chacun leurs temples pourvus de nombreux bassins (pranali) et fontaines (hiti), ont pour centre politique et administratif la demeure du souverain (layku, darbar). Ces palais comprenaient originellement trois cours, dont une pour les bains rituels du souverain, des temples, dont celui de la déesse Taleju, et des appartements. Un jardin occupait l’arrière de l’enclos. À Bhaktapur, le ” Palais aux cinquante-cinq fenêtres ” (1697) possède à l’étage une galerie peinte conduisant à la chambre du roi. Sur la place qui s’étend devant le palais sont élevés les plus beaux temples de la cité.
Cette architecture newar se prolonge après 1768, sous la dynastie Gurkha, en particulier à Kathmandu: nouveaux aménagements au palais dès 1769 – Nava yogini à Maru Tol – Sundhara de Bhimsen Thapa. Quelques palais de styles occidentaux sont construits durant la première moitié du XIXème siècle (Hari-bhavan, 1805, Sil-khana, aujourd’hui National Museum, 1819) et ils se multiplient à la fin du siècle (Sinha darbar, 1903) et présentent, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, un panorama assez complet des divers courants de l’architecture anglo-indienne.