Parrainez un enfant népalais
La lettre que Chantal m’a écrite après sa première tentative du Dhaulagiri justifie complètement notre action au Népal…
Ang Tshering peut être fier de son fils Tenzing qui étudie dans notre école, il a pour ambition de devenir médecin, nous espérons tous qu’il y parvienne afin qu’une nouvelle génération de Népalais puisse continuer à améliorer la vie dans ce pays si attachant.
Où que tu sois Chantal, si nous avons donné ton nom à une école dans le pays que tu vénérais, c’est pour que ta philosophie de vie soit transmise. Nous nous y employons et j’espère que nous ne trahirons jamais ta pensée et ton amour pour ce peuple que tu aimais par dessus tout.
Mick Régnier
Président
Lettre de Chantal à Mick
Sherpas : Himalaya, vallée du Khumbu, Namché, Thamé, cheveux noirs, têtes rondes, yeux bridés, sourires, turquoises, coraux, momos, thé au beurre, pudjas, drapeaux à prières, monastères, altitude, complicité, amitié.
Sherpas, Ang Tshering, Ang Maya, Ang Lahmu, Dorje, Nima, Pasang, Phurba, Sonam, Lakpa, Dawa, Pemba, Kanchi : des noms, des visages, des histoires.
Sherpas, une ethnie, un pays, le Népal. Parmi eux, Ang Tshering, mon compagnon des hauteurs ? Il a l’éclat de rire clair comme les nuits de grand froid, le cœur à l’image de Bouddha, la force des Dieux. Sa maison est à Thamé, là-haut, si haut que presque personne n’y monte. Un hiver, l’avalanche l’a balayée. Alors il a fallu la reconstruire, c’est ainsi. En ces villages d’Himalaya, la Nature est seul maître.
Lui, l’ami sherpa, a quatre enfants. Un soir chez lui, assis sur des tapis tibétains, nous buvions du thé au beurre. Les bouses de yak brûlaient dans l’âtre. Son fils Dawa s’appliquait à écrire sur son cahier d’écolier. Il va à la gompa (monastère) pour étudier. Le regard de Tshering s’éclaira. Ses yeux suivaient les doigts du petit. Son père me confia qu’il n’avait jamais pu aller à l’école. Heureux, il observait son enfant. Il semblait tracer son bel avenir en quelques lettres.
Cet automne, je repartis avec Tshering. Au Népal, gravir ou tenter de gravir un Sommet avec un sherpa représente pour moi la cordée idéale. Grimper en compagnie d’un népalais équivaut à voyager avec l’âme du pays. Ces cimes enneigées font partie de leur cœur, de leur culture. Ne sont-elles pas les demeures des Dieux ?
Au Dhaulagiri, réfugiés dans notre tente à 7200 mètres, nous sirottions du thé bouillant. Le froid nous glaçait. Au loin, l’Annapurna émergeait d’une mer de nuages. Au crépuscule, Tshering entonna des mantras bouddhistes. Puis il alluma le réchaud et déposa des graines bénies dans les flammes. Elles crépitèrent: “Bon signe”, m’annonça-t-il. De nuit, nous partîmes vers le haut. Nous nous enfoncions dans la neige jusqu’au ventre. En silence, nous nous relayâmes pour faire la trace. Les étoiles scintillaient. A l’aube, nous n’avions guère progressé. Petits êtres perdus dans l’immensité. Complices d’altitude, nous comprîmes que le sommet n’était qu’un rêve sans lendemain. Une pente surchargée de neige nous attendait à la descente. Aucune avalanche ne se déclencha. La pudja de la veille, ses prières nous auraient-elles protégés ? Plus bas, au camp de base nos drapeaux à prières flottaient au vent himalayen ; blanc, bleu, rouge, vert, jaune frémissant au cœur d’un monde minéral.
Quelques temps après, le voyage s’acheva. Tshering vint me saluer. Le visage fendu d’un sourire, il m’entoura le cou d’un khata. Par ce geste, il me souhaitait bon retour en mon pays.
L’amitié passe par le cœur, les cimes et les symboles.
Phéri bétaoula (à bientôt).
Chantal.